L’apprentissage de la langue arabe et Internet

Dans un contexte qui lie lutte contre l’extrémisme, développement de la radicalisation, affaiblissement du vivre-ensemble en Europe et dans le monde arabe, l’apprentissage de la langue arabe occupe une place toute particulière. Il s’agit d’un enjeu politique majeur.

D’une part au niveau culturel : Une langue c’est ce qui nous relie à une culture, à un passé et ce qui nous permet d’entrevoir un avenir. Nelson Mandela ne manquait pas de rappeler que : “parler à quelqu’un dans une langue qu’il comprend, c’est toucher son cerveau, mais lui parler dans sa langue maternelle, c’est le toucher au coeur.” Gardons cette citation en tête lorsque les nationalistes de tous bords en Europe voudrait réduire l’enseignement de toutes ces langues qui font la richesse de la culture française au seul profit de la langue française.

Claude Levi-Strauss dans Race et Histoire en 1952, rappelons-le, soulignait qu’une culture, et donc une langue, qui n’avait pas de contact avec les autres, était vouée à disparaître : “l’exclusive fatalité, l’unique tare qui puissent affliger un groupe humain et l’empêcher de réaliser pleinement sa nature, c’est d’être seul”. Des propos évidemment à méditer.

D’autre part au niveau économique : Il faut rappeler une réalité, pour ceux qui en doute notamment : l’arabe n’est pas une langue rare. 430 millions de personnes dans le monde ont l’arabe comme langue officielle. C’est l’équivalent de la population de l’Union européenne! Il y a donc un enjeu majeur en France et en Europe à apprendre une langue qui est la langue de pays d’origine de beaucoup de citoyens européens, mais aussi stratégiquement, à apprendre une langue qui offre tant d’opportunités économiques.

Dans ce document, nous reviendrons sur l’analyse des enjeux politiques de l’enseignement de l’arabe avant de nous concentrer sur les pistes de développement proposées par la Fondation EuroMedA.

 

Un objectif politique

Il convient de donner les moyens aux jeunes musulmans français et européens d’apprendre une langue qui pourra les rapprocher de leurs racines. De plus, un apprentissage efficace, rigoureux et républicain les éloignera des faux problèmes colporter par les personnes mal intentionnées qui trop souvent enseignent l’arabe.

Les fractures qui traversent notre société, économiques, sociales, culturelles ou encore éducatives, expliquent en partie la rupture d’une partie de la jeunnesse avec un modèle libéral qui semble enclin, avant tout, à écraser les différences. Ces fractures peuvent être combattues en respectant les identités de chacun, notamment en donnant à l’enseignement de l’arabe toute la place qu’elle mérite.

Contre l’ambiance nationaliste ambiante, rappelons que la grande réussite intellectuelle de la France au XIXème siècle fut l’expédition égyptienne de Napoléon en 1798. A son issue, toute une génération de cadres militaires se sont mis à apprendre et parler l’arabe, donnant les lettres de noblesse à cette langue en France. Dans la première moitié du XIXème siècle, parler l’arabe était un facteur de prestige sociale indéniable. C’est cet esprit que nous devons retrouver. Cette fierté joyeuse de nos langues, qui leur permet de communiquer et de s’entendre, de parler et de se comprendre.

Internet, lieu incontournable de transmission du savoir

En France, les adolescents de 13 à 19 ans passent en moyenne 13h30 par semaine sur Internet en 2015, contre 12h20 en 2012. La plupart des foyers disposent désormais de smartphone et de tablettes. Ce sont des outil de loisirs mais aussi de travail qui font partie de notre quotidien qu’on le veuille ou non. Pour compléter le tableau, la quasi totalité des citoyens de nos pays ont un accès à internet : 77% des français, 78% des américains, 82% des britanniques, 83% des allemands, 91% des suédois…

Entre l’accès généralisée à internet et le temps de plus en plus long que nous passons dessus, il est évident que si nous souhaitons avoir une action ciblée et efficace en matière d’apprentissage de la langue arabe, il s’agit du lieu de prédilection. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas faire l’économie d’une réflexion sur la place d’internet.

Le grand chamboulement de l’enseignement sur internet

Il est clair qu’au cours des 4 dernières années, l’arrivée des cours massivement online, les MOOC, ont chamboulé le monde de l’enseignement. Des cours de prestige de grandes universités mondiales sont souvent en accès libre avec des contenus adaptables aux emplois du temps de chacun. Il s’agit indéniablement d’une révolution tranquille.

Il y a là un terrain crucial à investir pour les grandes universités enseignant l’arabe. Car pour l’instant la présence de l’arabe dans ce secteur, que ce soit en matière d’enseignement ou de cours directement dispensés dans la langue d’Averroès, est encore bien trop faible. L’exemple de Sciences Po Paris est intéressant dans la mesure où cette institution propose parfois sur la plateforme coursera.org certains de ses cours de relations internationales, notamment ceux de Bertrand Badie, traduits en arabe. On voit là une piste intéressante qui devrait être démultipliée, tant par les université européennes que par les universités du monde arabe qui développeront ainsi leur rayonnement.

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