L’extrémisme religieux en Europe

Londres, Nice, Berlin, Bruxelles, Istanbul, Barcelone, Bagdad, Paris et bien d’autres villes ont connu des attentats terroristes aux conséquences terribles au cours des deux dernières années. Ces attatques symbolisent un nouvel esprit du terrorisme. Un esprit qui permet à des loups solitaires, des « loosers » comme l’analyse Olivier Roy, de commettre le pire en utilisant un « prêt-à-porter » extrémiste.

Nous avons là un constat. Il convient désormais de pousser la réflexion et de définir des solutions. Trois axes de travail doivent être prioritaires : la lutte contre les racines idéologiques de l’extrémisme, la lutte sur internet contre les vecteurs de la radicalisation,

Le « prêt-à-porter» radical, l’intolérance de l’islam salafiste.

Il y a aujourd’hui un rapport de force au sein de l’Islam entre les courants les plus rigoristes et les courants les plus réformateurs. A l’opposé de cette vision du monde en noir et blanc, système de penser délétère où autrui est forcément un mécréant et où le principe de tolérance n’existe pas, il existe des courants qui se réclame d’un Islam du juste milieu, entre religion et respect des traditions.

Ces courants réformateurs tirent leur substance de la Charte de Médine, véritable manifeste pour la cohabitation pacifique des religions, pour former société. En parallèle, ils s’appuient sur le dogme ash’arite, le principe religieux le plus opposé à Daech car avec celui-ci nul ne peut être jugé pour pratiquer une autre religion. Le rite malékite ensuite qui allie tradition locale et pratique religieuse.

Loin des idées préconçues du choc des civilisations, l’hétérogénéité du monde arabe n’est plus à démontrer. Notre ambition politique doit donc être de s’appuyer sur ces courants au sein de l’Islam pour fortifier le vivre-ensemble et permettre l’existence de ces « zones grises » où la coexistence, la tolérance religieuse et à tous les niveaux, est la norme.

En Europe, cela passe essentiellement par la formation des imams et du personnel religieux. L’essentiel est de faire passer un message où la religion, dans la sphère privée, concorde avec d’autres concepts fondamentaux tels que la citoyenneté et la démocratie. Il faut saluer les mesures prises en France qui vont dans le bon sens, notamment :

  • les formations diplômantes, mises en place début 2015, avec la création de 17 diplômes d’université qui fournissent une  formation civile et civique autour des thèmes de la laïcité, des institutions françaises, du droit, de la sociologie et de l’histoire des religions. Ces formations s’adressent aux ministres du culte et aux responsables d’associations cultuelles, mais aussi aux agents publics. C’est le cas, par exemple, de la filière « Droit, société et pluralité des religions » de l’université de Strasbourg
  • mais aussi, dans ce travail en faveur de la construction d’un islam de France, une mission gouvernementale a été confiée à trois universitaires pour définir le contenu de « cursus d’excellence en islamologie, dans des matières telles que la langue et la littérature arabes, l’histoire des civilisations musulmanes ou encore l’histoire de la pensée musulmane« 

Voilà des actions de long-terme qui s’attaquent à ceux qui veulent trop souvent dévoyer et orchestrer les messages religieux. Contre l’extrémisme, la démocratie, la république, la citoyenneté sont la meilleure prévention.

La citoyenneté est ici un enjeu crucial. La citoyenneté est la clé, c’est elle qui permet de former société, loin des tentations nationalistes qui furent un échec dans l’ère du panarabisme, ou bien dans les tentatives de prises du pouvoir de l’Islam politique.

Comprendre la radicalisation et l’extrémisme aujourd’hui ne peut pas faire l’économie d’une réflexion sur internet.

Face à la montée en puissance de l’utilisation d’internet par les terroristes, les vieilles méthodes, les solutions militaires, ne sont plus l’alpha et l’oméga de la lutte contre le terrorisme.

Le cyber-terrorisme est un phénomène prenant de plus en plus d’ampleur grâce aux nouvelles technologies, à l’omniprésence des réseaux sociaux et à l’activisme des radicaux sur internet. Cela se couple avec l’arrivée d’une génération de jeunes qui vit avec les nouvelles technologies, pour qui internet est la source majeure d’informations, le lieu de rencontre et de discussion privilégiés. Quand on sait la place extrêmement importante des forums de discussions online dans les parcours de radicalisation, on ne peut pas raisonnablement ignorer ce problème.

Quelques exemples sont édifiants : le terroriste de Londres avait utilisé son smartphone et l’utilisation de communication whatsapp, dont les données sont cryptées, quelques minutes avant son acte de terreur. Se pose ici la question de l’accès aux données cryptées qui circulent pourtant si facilement via le net. Un autre exemple : selon une étude du think tank RAND Europe, sur 15 cas étudiés d’extrémisme et de terrorisme en Grande Bretagne, tous ont utilisés internet pour leur organisation, et lors de leur radicalisation.

Deux actions à mener sur internet paraissent dès lors essentielles et complémentaires :

  • faciliter le retrait des contenus extrémistes sur internet qui sont beaucoup trop faciles d’accès. Pour cela nous avons besoin d’un arsenal législatif clair et puissant.
  • aider la présence de contre-discours efficace, trop souvent supplantés par les discours de haine sur internet.
    • La fondation Tony Blair travaille activement sur ce sujet. Elle prône la coopération avec les entreprises du net pour changer les algorithmes des moteurs de recherche, notamment pour faciliter l’apparition en 1ère page de recherche des discours positifs sur l’Islam. C’est tout à fait nécessaire car lorsque vous être sur la page 2 de Google, autant dire que vous n’existez pas.
  • Il convient de favoriser tous ceux qui proposent des contre-discours positifs et de bonne qualité sur internet.
    • En Egypte, Amr Khaled, prédicateur aux millions de followers sur facebook, twitter et instagram, produit des vidéos de qualité professionnelles où il tente de redonner du sens et de l’espoir à la vie de tous les jours. Une telle personne devrait pouvoir diffuser ses vidéos en Europe, dans nos langues beaucoup plus facilement.

Par quels moyens y arriver ? Propositions concrètes.

Plusieurs recommandations sont mises en avant par la Fondation EuroMedA pour répondre à la problématique de l’extrémisme religieux en Europe :

1/ La nécessité de travailler à une définition sémantique commune de l’extrémisme violent. L’Union européenne a déjà réussi à se mettre d’accord sur la définition du discours de haine et le droit à l’oubli avec les entreprises d’internet. Nous pouvons et devons en faire de même au niveau euro-arabe;

2/ La mise en place d’un groupe de réflexion sur la radicalisation entre l’UE les pays arabes, qui ont déjà entamé une réflexion approfondie sur cette question. C’est d’abord par l’élaboration d’une vision commune et partagée que nous arriverons à une lutte efficace contre le terrorisme. Ce groupe de réflexion abordera, entre autres, des sujets tels que :

  • Les questions de renforcement institutionnel pour faire face au cyberterrorisme ;
  • La mise à disposition de l’ensemble de nos pays d’un catalogue des mesures de contre-discours à l’extrémisme ;
  • La traduction des expériences positives de lutte contre l’extrémisme en programme d’action commun entre les deux rives de la Méditerranée;
  • Créer une base de données commune entre les pays arabes et européens regroupant l’ensemble des mesures contre la radicalisation et l’extrémisme.

3/ La coopération avec l’industrie du net est à systématiser et à renforcer, notamment pour retirer les contenus extrémistes, faciliter la disponibilité et leur visibilité de contre-discours. Pour l’instant, les contenus extrémistes sont beaucoup plus simples à trouver sur internet que les contre-discours. Il s’agit d’un problème qui doit être abordé avec les acteurs industriels, notamment sur la problématique du référencement ;

4/ La nécessité de définir des priorités stratégiques nationales en regroupant les décideurs politiques, les acteurs industriels, les experts de la communication, think-tanks, les acteurs religieux et la société civile afin d’identifier les meilleures façons de contrecarrer les discours extrémistes;

5/ Travailler au renforcement de la société civile, au niveau international, européen, mais aussi régional et local, parce qu’elle sera le meilleur vecteur de diffusion des messages contraires à ceux de l’extrémisme.

6/ La création d’une structure mondiale et permanente de lutte contre le cyberterrorisme et la radicalisation online. C’est cette structure permanente qui pourrait retirer les contenus extrémistes, favoriser le déploiement des contre-discours, le travail conjoint avec les entreprises d’internet.

 

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