Conflit israélo-palestinien : sortons de l’impasse

Par Gilles Pargneaux, député européen

Inextricable, insurmontable, irréconciliable. Ces adjectifs sont trop souvent attachés au conflit qui oppose Israël et la Palestine depuis plus de 70 ans.

Comment, en effet, penser le contraire quand le gouvernement de Benyamin Netanyahou est plus jusqu’au-boutiste que jamais, quand le Président Trump veut déplacer l’ambassade américaine à Jérusalem contre le droit international et quand la région toute entière du Moyen-Orient subit de plein fouet le terrorisme et les répercussions désastreuses du conflit syrien. C’est pourtant ce constat accablant qui peut permettre de sortir de l’impasse diplomatique dans laquelle est enfermé ce conflit depuis tant d’années.

Une priorité diplomatique européenne.

La diplomatie française a remis en haut de l’agenda diplomatique la question du conflit israélo-palestinien. C’est un fait. Malgré les oppositions arc-boutées de M. Netanyahou, force est de constater que l’initiative française a atteint son objectif. Avec deux réunions à Paris le 3 juin 2016 et le 15 janvier 2017, l’attachement indéfectible de la communauté internationale à la solution des deux-États a été rappelé.

Évidemment, la poursuite de la colonisation mine toujours plus les perspectives de paix. Néanmoins, deux faits significatifs sont à souligner : d’une part, l’ONU a rappelé avec une force inédite dans sa résolution 2334 l’illégalité en droit international de la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem. D’autre part, nous ne pouvons pas ignorer le fait que la société civile israélienne a mobilisé des manifestations impressionnantes contre les projets de loi sur les avant-postes et la colonisation au mois de mars 2017. Que ce soit au niveau international ou bien sur le terrain, les partisans d’un Moyen-Orient où un État Palestinien et un État israélien vivront côte-à-côte, en paix et en sécurité, renforcent leur position.

L’important reste donc la volonté politique. La diplomatie européenne doit poursuivre ses efforts sans relâche et faire du conflit israélo-palestinien.

La donne internationale a changé

La diplomatie est aussi l’art de saisir le moment. Si l’unité palestinienne fait défaut depuis si longtemps et inhibe les espoirs de négociation de paix, un élément vient de changer la donne. Le 1er mai dernier, pour la première fois en près de 30 ans, la Hamas a modifié sa charte fondatrice. Reconnaissance des frontières de 1967, abandon de l’affiliation avec les Frères Musulmans, définition claire du combat du Hamas comme politique et non religieux font désormais partie de sa doctrine.

La mue diplomatique est significative et les conséquences pratiques nombreuses : la reconnaissance des frontières de 1967 aligne le Hamas sur la position du Fatah de Mahmoud  Abbas ; la désaffiliation vis-à-vis des Frères Musulmans ouvre la porte à des négociations avec l’Égypte et une résolution régionale du conflit ; la clarification sur l’aspect non religieux de la défense de l’État Palestinien coupe l’herbe sous le pied des fanatiques de tous bords qui sont les pires ennemis du processus de paix.

Incontestablement, il y a une nouvelle donne. L’opportunité est à saisir pour oser la paix.

Nouvelle réalité, nouvelles méthodes

Quand le contexte change, les méthodes doivent aussi évoluer. Depuis trop longtemps, le processus de paix est englué dans une sinistrose globale autant que dans des paramètres de négociations obsolètes. Cette nouvelle méthode que nous appelons de nos vœux consiste en trois axes.

Le Quartet est aujourd’hui plus un frein qu’une solution pour la paix au Moyen-Orient. Ses préconditions sont trop strictes envers le Hamas. Ce dernier a fait un pas vers la responsabilité diplomatique, il convient par conséquent de lui donner les moyens d’être un interlocuteur, tant de l’unité palestinienne que des négociations de paix.

Il n’y aura pas de solution à ce conflit sans une approche régionale. Les conférences de Paris ont démontré le soutien de la communauté internationale à la solution des deux États et surtout la nécessité d’apporter une réponse régionale à l’impasse diplomatique. Elle seule pourra conférer à Israël et à la Palestine la légitimité nécessaire pour acter la paix. Il est donc grand temps de revoir l’organisation des discussions internationales, notamment pour inclure la Russie, l’Égypte, la Turquie ou encore l’Arabie Saoudite dans un Quartet renouvelé, faisant de l’Initiative Arabe de Paix de 2002 le parapluie globale des négociations.

La société civile peut soutenir les Etats. Les manifestations en Israël contre la colonisation prouvent l’existence d’une volonté de paix. Depuis plusieurs années, nous promouvons ainsi la mise en place d’une commission de réconciliation impliquant directement les sociétés civiles israélienne et palestinienne.  Le processus de paix butte en effet sur un biais psychologique. Par conséquent, sans une action déterminée de la société civile pour  briser les résistances de la haine mutuelle, aucun gouvernement ne s’engagera à concrètement négocier la paix puisque tout pas vers l’autre pourra signifier sa chute.

***

En définitive, l’heure est au chamboulement de nos méthodes. L’Europe, avec la voie ouverte par la France, a les moyens d’être à la source de ce renouvellement pour la paix entre Israël et la Palestine. Il y a urgence à agir car si le statu quo demeure, l’hypothèse de l’existence de deux Etats, l’un israélien, l’autre palestinien, deviendra chaque jour moins probable et la violence toujours plus le seul horizon restant pour des générations de palestiniens.

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