L’économie sociale,vecteur de l’emploi au Sud de la Méditerranée?

La question de l’emploi associatif, et plus généralement, de l’économie sociale revêt une importance nouvelle en Europe et dans son voisinage. Il s’agit en effet de l’un des relais d’emploi et de croissance, mais aussi de sens, les plus significatifs du XXIème siècle.

Ce sujet prend une importance particulière lorsque l’on étudie les défis du Sud de la Méditerranée, notamment la question de l’emploi, dans des pays où la pression démographique nécessite un marché de l’emploi capable d’absorber les nouvelles cohortes de jeunes actifs.

Les chiffres sont clairs : en Tunisie, selon l’Organisation Internationale du Travail, 35% des 18-25 ans ne trouvent pas d’emploi, en Algérie, ce chiffre oscille entre 28 et 35%, pour le Maroc, entre 13 et 20%. Néanmoins les disparités territoriales à l’intérieur de ces pays sont énormes. Par exemple, pour le Maroc, le chômage des 15-24 ans culmine à 42,8% en milieu urbain.

Pour l’Europe, l’accès à l’emploi de ces populations représente un intérêt direct : il est gage de développement durable et de stabilité chez nos voisins les plus stratégiques, les plus proches géographiquement. La Stratégie Globale de l’UE en matière extérieure est limpide : la stabilité et la résilience des pays de notre voisinage doit être un objectif de l’action extérieure de l’Union, car cela impacte la stabilité et la résistance même de l’Europe.

« Il est dans l’intérêt de nos citoyens d’investir dans la résilience des États et des sociétés à l’est, jusqu’en Asie centrale, et au sud jusqu’en Afrique centrale« 
Federica Mogherini, Stratégie Globale pour la politique étrangère et de sécurité de l’Union européenne – 2016

Dans ce combat pour l’emploi, aucune piste ne doit être négligée. L’emploi associatif et l’économie sociale représentant ainsi des puissants vecteurs d’emploi, mais qui au Maghreb , comme en Europe, peuvent faire encore beaucoup mieux.

  • La situation en Europe : un boom depuis 15 ans mais des réalités différentes

En Europe, la situation est assez inégale :

  • 10% du PIB européen est dû à l’économie sociale et solidaire (ESS)
  • 4,5% de la population active de l’UE.
  • ¼ des nouvelles entreprises créées chaque année sont des entreprises sociales, ce chiffre atteint 1/3 en France ou en Finlande
  • l’économie sociale représente  13,6  millions  d’emplois rémunérés au sein de 2,8 millions d’entreprises européennes.

Au niveau européen, la reconnaissance de l’économie sociale et des apports du milieu associatif est tout à fait récent. Ce n’est qu’en 2003, que le statut de la société coopérative européenne est adopté pour permettre aux coopératives  de  développer  des  activités  transnationales mais surtout pour permettre l’essor de législations en matière de coopération dans les pays qui n’en ont pas. La réalité est que le champ législatif européen est très divers, et chaque pays à sa propre histoire juridique en la matière.

Il faut noter néanmoins qu’en Europe ce secteur de l’économie a été celui qui a particulièrement bien résisté à la crise financière de 2008, de par sa nature même. L’ESS résiste aux effets néfastes de la mondialisation– tels que la délocalisation – et, par conséquent, constitue un moyen de lutter contre l’euroscepticisme et l’europhobie.

De même, les sujets abordés dans ce secteur associatif et social, tels que l’environnement, la gestion durable de l’agriculture, la vente de produit en circuit court, l’action social, l’accueil des migrants, la gestion de centre de santé, sont des initiatives porteuses de sens, alors que nous sommes dans un moment où, en Europe, de plus en plus de personne se questionnent sur la vacuité morale du système économique. Comprendre pourquoi on travaille et pourquoi on agit dans la collectivité est l’un des grands apport de l’ESS.

  • Que fait l’Europe pour promouvoir cette économie dans son voisinage?

La Politique Européenne de Voisinage est le principal instrument financier permettant à l’Europe de soutenir le milieu associatif et l’économie sociale au Sud de la Méditerranée.

Un exemple : le Maroc et le soutien européen à l’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH). Au Maroc, le soutien à l’INDH (2005) est la politique la plus visible de l’Europe pour aider le secteur associatif. L’UE a dédié 25 millions d’euros à cette initiative et a produit un rapport en décembre de l’année dernière vantant ses mérites au Maroc. D’après nous, l’INDH a permis de sortir un grand nombre de marocains de la pauvreté et, en particulier, à accompagner le développement du secteur associatif dans votre pays. Aujourd’hui, nous atteignons le chiffre impressionnant de 150 000 associations au Maroc. Ceci est vrai en particulier dans le domaine agricole où la plupart de l’économie sociale marocaine s’est développée.

Évidemment, l’Union européenne dispose d’autres outils pour accompagner le développement de l’économie sociale et du secteur Associatif. C’est l’exemple du Fonds Européen pour la démocratie qui soutient les initiatives associatives développant le pluralisme politique et la démocratie en général. La formation au plaidoyer est en effet un des défis du milieu associatif car il demande savoir-faire, connaissance et pratique. Le soutien capacitaire et humain est l’un des clés d’un milieu associatif efficace. Ce fonds soutient ainsi Peoples Marketing Campaign en Egypte, une association qui se rend dans les espaces les plus reculés du pays et aide les citoyens à formuler idées et suggestions à propos de leur société.

  • La nécessité d’accompagner ce processus par la décentralisation

La décentralisation est l’un des pendants à un développement d’emploi associatif efficace. En rapprochant des communautés les lieux de décisions pour créer des projets est le meilleur moyen de les inciter à se constituer en coopérative ou en association. La régionalisation avancée au Maroc  représente ainsi un bel outil dans cet optique.

Mais une telle démarche implique également de s’adapter à la réalité de ces territoires où les niveaux d’alphabétisation et d’éducation sont souvent inférieur aux centres urbains des pays. La capacité à gérer administrativement l’association est une clé de sa réussite ; quid de cette réussite si l’on n’est pas capable d’écrire correctement ni de répondre par écrit à un appel d’offre ? L’Europe finance ainsi à hauteur de 52 millions d’euros depuis 2008 les programmes d’alphabétisation marocain.

***

L’économie sociale et le secteur associatif représentent bien des relais de croissance au Sud de la Méditerranée. L’Europe a un intérêt stratégique à soutenir ce secteur. Les négociations budgétaires sur le cadre financier pluriannuel, notamment les allocations des différents instruments financiers, vont être l’occasion de tester cette volonté.

Propos tenus dans le cadre du 7ème Forum de l’Université Sociale – « Les métiers de la vie associative » – Marrakech – 7 décembre 2018

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