Formation professionnelle et migration : quelles mesures face au défi migratoire?

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Intervention prononcée par Gilles Pargneaux, Président fondateur de la Fondation EuroMedA et député européen, à l’occasion du 1er forum africain sur la formation professionnelle, le 21 décembre 2018 à Dakhla.

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Les 10 et 11 décembre dernier, le Maroc accueillait le Sommet onusien du Global Compact for Migration à Marrakech. Le moment a été fort. Pour la première fois, la communauté internationale, à l’exception de quelques absents très visibles, s’est mise d’accord sur un ensemble de principe de base pour la gestion de la migration.

On pourrait comparer ce pacte à l’Accord de Paris : un pacte non contraignant mais qui constitue un horizon, une ligne de conduite, pour nous permettre de gérer dignement et efficacement la migration. C’est la réalité simple qu’il importe de rappeler alors que ce pacte à susciter de nombreuses réactions de l’extrême droite et des nationalistes en Europe et dans le monde.

Il est important de remettre en perspective les chiffres de la réalité migratoire :

N’oublions pas que la migration est avant tout un phénomène sud-sud : 4 migrations sur 5 se font en Afrique contre 1 sur 5 vers l’Europe.

La migration est ensuite un phénomène durable et elle doit être gérée comme tel. Les chiffres sont clairs: l’ONU estime à 258 millions le nombre de migrants dans le monde aujourd’hui, un chiffre qui va augmenter inexorablement à l’avenir ; la population africaine va passer de 1,3 à 2,5 milliards d’habitants d’ici à 2050 ; 50% de cette population aura moins de 25 ans et aura envie, comme chacun, d’une vie et d’un travail décent.

Une fois ces chiffres énoncés clairement, les conséquences à en tirer viennent aisément : il faut une approche double et concertée : d’abord, une politique migratoire infra africaine mais aussi une approche entre l’Europe et l’Afrique.

Rappelons encore que la plupart des pays d’Afrique et d’Afrique du Nord sont aujourd’hui à la fois des pays de départ, de transit et d’accueil des migrants. Le Maroc en est un exemple : depuis 2015, le Maroc a régularisé la situation de 50 000 migrants, majoritairement venant d’Afrique sub-saharienne, tandis que des jeunes marocains, on a vu les drames en Méditerranée, continuent de quitter leur pays pour un eldorado supposé en Europe.

Il n’y a donc pas à avoir une vision en terme de Nord développé contre le Sud en développement. C’est le Nord et le Sud ensemble qui apporteront des solutions durables.

Par conséquent, l’Europe doit désormais comprendre que le partenariat avec le Sud de la Méditerranée et l’Afrique constitue le défi et l’opportunité du XXIème siècle. Il s’agit de la priorité des priorités.  

Notre Fondation a ainsi identifié 5 thématiques prioritaires des relations euro-méditerranéenne-africaine : la lutte contre le terrorisme, le changement climatique, le développement d’un nouveau paradigme de relations entre l’Europe et l’Afrique, et surtout, deux autres thématiques qui s’inscrivent dans notre sujet de ce jour : le problématique migratoire d’un côté, et l’éducation, la culture et la formation professionnelle de l’autre.

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Notre constat est clair : la solution durable pour gérer la migration, c’est l’éducation d’une part et la formation  d’autre part, en particulier la formation professionnelle. Un impératif : s’attaquer en amont et en aval aux causes et conséquences profondes de la migration.

L’Union européenne a commencé a une approche en ce domaine, qui à mes yeux, n’a pas encore permis de répondre de manière significative à l’enjeu auquel nous sommes tous confronté. Certes,  le sommet de la Valette en 2015 en pleine crise migratoire, a permis quelques progrès :

  • La mise en place du processus de Rabat qui a permis de créer un forum de concertation euro-méditerranéen sur la question migratoire ;
  • En 2018, la création du Plan d’Investissement Extérieur de la Commission européenne compte mobiliser 44 milliards d’euros en Afrique sub-saharienne. En particulier ce plan intègre les notions de formations et d’éducation comme les priorités à mettre en œuvre pour apporter des réponses à la migration.

Nous sommes encore loin du compte. Pour vraiment apporter des réponses durables, la Fondation EuroMedA propose un certain nombre de recommandations politiques :

  1. soutien à l’éducation au Sud de la Méditerranée et en Afrique sub-saharienne. Nous devons aider les pays comme le Maroc qui accueillent des populations importantes sur leurs territoires et nous devons aider en priorité les pays d’ou partent initialement les migrants. Ici, il faut reconnaitre que la Commission européenne, dans son plan d’investissement extérieur, ne fournit que 4,1 milliards d’euros, escomptant mobiliser des investissements privés à hauteur de 39,9 milliards d’euros, soit un coefficient multiplicateur de 11 ! Cela me parait bien insuffisant. Pour atteindre la somme critique de 44 milliards d’euros pour l’Afrique, il convient que la participation financière européenne soit bien plus importante.
  2. Nous devons repenser la politique européenne de voisinage, afin que son enveloppe budgétaire soit rééquilibrée à la faveur du Sud de l’Europe. Aujourd’hui 2/3 de cette enveloppe de 11 milliards d’euros est utilisée pour l’Est de l’Europe. La discussion sur le cadre financier pluriannuel 2021-2027 de l’Union va nous permettre de rouvrir ce débat.
  3. Investir massivement dans les pays d’Afrique subsaharienne, car ce sont eux qui ont le plus besoin de notre soutien en matière d’éducation, ce soutien doit prendre la forme de résultats tangibles le plus rapidement possible.
    1. Dans ce cadre, le Parlement européen est en phase de redéfinition de son instruments financier extérieur doté de 89,2 milliards d’euros. J’ai déposé une série d’amendements afin que les Pays les Moins Avancés (PMA) soit les principaux récipiendaires de notre aide.
    2. Je soutiens qu’au moins 40% de l’aide européenne à l’éducation soit dédié aux PMA.

Comme je l’annonçais dans une tribune publiée à l’occasion des 10 ans de l’Union pour la Méditerranée avec l’ancien ministre des affaires étrangères Moratinos, les défis de l’Europe des prochaines décennies ne sont pas ailleurs qu’au Sud de la Méditerranée.

4-La formation des formateurs ainsi que des  enseignants est centrale. Comme le suggère Vincent Peillon (ancien Ministre de l’éducation français et député européen) dans son rapport sur l’aide européenne au développement en matière d’éducation voté en novembre dernier, le programme Erasmus+ doit intégrer un plus grand nombre d’échanges entre enseignants et formateurs des pays en développement et des pays de l’UE.

Voilà donc plusieurs recommandations, qui s’inscrivent dans les missions de la fondation EuroMedA, comme outil d’aide à la décision.

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L’enjeu est gigantesque. La Fondation EuroMedA veut participer à l’élaboration des solutions, tant au niveau de la réflexion que, directement, sur le terrain. C’est notre raison d’être.

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